Prendre sa retraite en dehors de l'Hexagone dans de bonnes
conditions, tout en profitant d'une fiscalité modérée, n'est pas un
privilège réservé aux plus nantis. Il suffit de choisir le bon pays.
Couler des jours heureux sous des
cieux fiscaux cléments, loin des tracasseries de l'administration
française, apparait souvent comme un privilège réservé aux plus
fortunés. Seuls les redevables de l'impôt de solidarité sur la fortune (ISF), riches héritiers ou patrons d'entreprises taxés dans les tranches les plus élevées du barème pourraient y prétendre.
Cette image tenace est largement répandue et bien des Français proches de la retraite
s'imaginent, pour reprendre une expression juridique, "attachés à
perpétuelle demeure" au sol de la métropole. Il est vrai que pour
s'installer en Suisse, en Belgique ou au Royaume-Uni, il faut un patrimoine solide et des revenus mobiliers ou immobiliers importants.
Mais
ailleurs, qui plus est sous des climats ensoleillés, nul besoin de
s'appeler Crésus pour vivre une retraite épanouie et plus légère
fiscalement que dans l'Hexagone. Ceux qui, dans les statistiques de
l'Insee, appartiennent aux classes moyenne et moyenne supérieure peuvent
voguer vers de nouveaux horizons et améliorer sensiblement leur niveau
de vie en choisissant parmi de nombreuses destinations. Trois sortent du
lot. Le Portugal est "tendance", le Maroc, moins prisé qu'autrefois,
reste intéressant, et, pour les amateurs du mode de vie américain, la
Floride est l'Etat le plus accessible. Si vous craignez d'avoir le mal
du pays, rien ne vous oblige à quitter la France. Il vous faudra
seulement accepter de vous éloigner de la métropole pour mettre le cap sur un département d'outre-mer (Guadeloupe, Martinique, Guyane, La Réunion, Mayotte) ou, plus loin, vers la Polynésie française.
Si
les longs voyages en avion vous rebutent alors que vous souhaitez
revenir régulièrement en France pour rendre visite à vos proches, vous
serez séduit par le Portugal ou le Maroc. Si, en revanche, huit heures
de long courrier ne vous font pas peur, préférez la Floride. Mais
l'éloignement et les modalités de transport ne seront pas vos seuls
critères. Avant de vous lancer, il est indispensable de connaître les
atouts et les inconvénients des pays dans lesquels vous envisagez de
poser vos valises.
Portugal : l'eldorado des retraités
Getty Images/iStockphoto
Le Portugal est
devenu le lieu de résidence privilégié des retraités français. Ils
viennent y chercher un climat doux, une population accueillante et un
traitement fiscal de faveur. Car les pensions versées aux retraités qui
s'installent en Lusitanie sans y avoir résidé auparavant pendant cinq
ans sont exonérées d'impôt
durant dix ans, de même que leurs revenus locatifs ou financiers. Mais
ces derniers, s'ils proviennent de l'Hexagone, seront soumis à une
retenue à la source en France. De plus les retraites des fonctionnaires français,
en vertu de la convention fiscale liant les deux Etats, restent
taxables dans notre pays. Autres atouts du Portugal : il n'y a pas de droits de succession et d'impôt de solidarité sur la fortune et l'équivalent des impôts locaux
y est très modéré. Pour y résider, vous pouvez louer ou acheter.
L'achat est conseillé. Les prix, malgré une hausse récente, restent
modérés, le haut de gamme lisboète plafonnant à 5 000 euros le mètre
carré, tarif que l'on retrouve même à Cascais, station balnéaire proche
de la capitale. Avantages : vous êtes en zone
euro dans un pays où le français est couramment pratiqué. Vous gagnez en
pouvoir d'achat, le coût de la vie étant inférieur de 20 à 30 % à celui
de la France. Inconvénient : le système public
de santé, dont vous bénéficiez en tant que citoyen de l'Union
européenne, n'est pas performant partout. Il s'est amélioré, notamment
dans la région de Lisbonne. Une mutuelle pour avoir accès à des centres
de soins privés est recommandée. Démarches : il
faut informer le fisc et vos caisses de retraite de votre installation.
Au Portugal, vous devez obtenir le statut de résident fiscal non
habituel, une procédure longue (de six à huit mois) qu'il vaut mieux
confier à un avocat local.
Maroc : toujours avantageux mais non sans risques
iStock
Le royaume chérifien
a longtemps été recherché par les candidats au départ pour son climat,
son coût de la vie et sa fiscalité. Les revenus des retraités français y
sont taxés à un impôt progressif assez similaire au système français,
mais après un abattement de 40 %, porté à 80 % si vous transférez votre
pension sur un compte marocain en dirhams ou en euros (acceptés dans la
plupart des commerces). Néanmoins, l'islamisation de la société
marocaine a sérieusement ralenti les expatriations. Avec une conséquence
heureuse pour ceux qui maintiennent leur projet : les prix de
l'immobilier, qui frisaient la surchauffe à Agadir, Marrakech, Essaouira
ou Tanger, lieux préférés des Français, ont beaucoup baissé.
Tant
que les incertitudes politiques ne sont pas dissipées, mieux vaut
louer. Un beau 100 mètres carrés dans une résidence avec piscine à
Agadir vous reviendra à 300 euros par mois. Avantages :
le coût de la vie est vraiment très faible. Un couple de retraités
touchant 2 000 euros par mois de pensions peut vivre luxueusement :
belle résidence, personnel de maison, aide à domicile, inscription dans
les clubs de golf... En outre, de nombreux Marocains parlent français. Inconvénient :
le système de santé est franchement mauvais. Il est impératif de
souscrire une mutuelle donnant accès à des cliniques privées. Démarches :
en France, vous devez prévenir votre centre des impôts et vos caisses
de retraite. Au Maroc, vous avez besoin d'une carte d'immatriculation
donnant droit à un permis de séjour d'un an renouvelable. Après trois
ans de présence, vous obtiendrez une carte de résidence valable dix ans.
Floride : un paradis accessible après l'obtention d'un visa
Getty Images/iStockphoto
Le "Sunshine State" est l'Etat préféré des retraités américains. Le climat n'est pas leur unique motivation. La fiscalité attrayante
en est une autre, car la Floride ne perçoit pas d'impôt sur le revenu.
Un avantage dont profitent aussi les expatriés. Un Français qui s'y
installe ne supporte donc que l'impôt progressif fédéral dont les taux
varient entre 10 % et 39,6 %, ce dernier ne s'appliquant qu'au-delà d'un
revenu d'environ 370 000 euros. Pour acheter un bien en Floride, étape
incontournable, vous devez faire appel à un agent immobilier. Le
processus d'acquisition est transparent et parfaitement sécurisé :
historique des transactions et bilan sur le bien, plus complet que les
diagnostics en France, sont fournis systématiquement. Les mauvaises
surprises sont rarissimes. Les droits à payer sont faibles (0,6 % à
Miami). Quant aux prix, si les villas du front de mer de Palm Beach ou
des îles privatives de Miami valent des dizaines de millions d'euros, on
trouve aussi de belles maisons et des biens dans des résidences
réservées aux seniors entre 400 000 et 500 000 euros. Attention, la
property tax, l'équivalent de notre taxe foncière, est assez lourde. Avantages :
vous profitez de l'American Way of Life et d'un environnement juridique
balisé par les nombreuses conventions bilatérales signées entre la
France et les Etats-Unis, qui facilitent les procédures. Inconvénients :
attendez-vous à des dépenses élevées au quotidien, et prévoyez une
solide assurance santé car les soins, de grande qualité, sont très
onéreux. Démarches : si, comme pour les autres
pays, vous devez informer le fisc français et vos caisses de retraite,
le plus difficile est d'obtenir la Green Card, la fameuse carte verte.
Pour les retraités, il faut demander un visa EB5 en investissant 500 000
dollars au minimum (environ 473 500 euros) dans un placement créateur
d'emplois. Vous aurez alors une carte verte pour deux ans qui, à
l'échéance, pourra devenir permanente. Le recours à un avocat est
indispensable pour obtenir ce visa.
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